vendredi 6 avril 2012

Courant le long des còrrecs, agouilles, recs (partie 1)

"N'hésitez pas à poser des questions!" nous rabâchent les professeurs, "pour un qui demande ce sont dix qui se posent la question"... Alors puisque Mum a lancé le sujet dans un commentaire, lâchons la bride sur le thème du còrrec.

Qu'est-ce qu'un còrrec?

Le dictionnaire officiel de la langue catalane renvoie au mot xaragall: "incision érosive que produit l'eau de pluie en ruisselant sur un terrain incliné. Un pré où serpente un xaragall". Une seconde définition proposée par le même IEC est barranc: "excavation de versants abruptes que font les eaux de pluies, d'une rivière, d'un ruisseau ou d'un torrent dans la terre" ou "torrent entre cailloux et précipices". On appelle aussi barranc le système karstique d'Opoul et le nom se retrouve dans le cours d'eau qui y emmène en partie l'eau lors de fortes pluies, la rigole du barranc.
Du côté du diccionari.cat, on donne la racine hispano-latine du mot (1153), corrugus, "barranc par où se jettent les détritus de mines". On y donne aussi le mot escorranc: "excavation produite dans un terrain pentu par le ruissellement des eaux de pluie".

Un còrrec serait donc un cours d'eau naturel, dans un terrain en pente, creusé par les eaux de ruissellement. Au vu de ce que l'on voit sur le "terrain", les cours naturels ont été allègrement repris par l'Homme pour ses cultives, les fameux terrains escolta si plou que les communes n'ont pas hésité à travestir en terrains non inondables... autant classer le pic Néoulous en zone non ventée.

Mais alors, quelles différence entre tous les petits cours d'eau qui parcourent le Roussillon? On voit des agouilles, des recs? Est-ce la même chose?

Toujours d'après le dictionnaire de l'IEC, un rec est un canal par où viennent les eaux d'irrigation. Pour diccionari.cat, un rec est un canal d'irrigation. Quant à l'agouille, le mot viendrait de l'aiguille, peut-être au vu de la finesse de ces canaux, peut-être vient-il également de aigua, l'eau (cat.). Les paris restent ouverts. Quant à sa définition, elle est plus claire. Une agouille est, dans le Roussillon, un canal d'irrigation selon Wiktionnaire qui prend comme exemple une phrase de Stéphanie Caucanas dans Moulins et irrigation en Roussillon du IXème au XVème siècle: "Ils confirment à Joan Bater le droit de faire de faire passer une agouille par le jardin de Francesca Reg afin d'alimenter en eau la pièce de terre qu'il possède à Saint-Jean de Perpignan", à l'heure où posséder une "pièce de terre" au quartier Saint-Jean était encore possible.

Pour résumer un peu l'histoire, on aurait donc trois dénominations pour désigner un petit cours d'eau. Le correc serait le sauvage, le naturel, dévalant avec fracas les dénivelés et les monticules ; l'agouille et le rec seraient quant à eux entièrement artificiels, montés par la nécessité d'arroser les pieds de tomate. Voilà sûrement la raison pourquoi, en sillonnant la carte de la Salanque, on n'y trouve aucun còrrec... il faut dire que même les monticules sont rares par ici.

Bon, mais assez jacté, place à la photo. Cette explication est une bonne raison pour faire le tour des còrrecs du département et de plus loin si l'occasion se présente.

A tout seigneur tout honneur voici le còrrec des Llobères qui parcourt tout le terrain compris entre Cabestany et Canet-en-Roussillon. Il a trois sources: une première au niveau des Hauts du Mas Vermeil, une seconde au Mas de la Madeleine et la troisième au niveau du Mas de Sant Pere. C'est une fusion de ces  deux derniers que l'on peut voir sur la photo. La première branche recoupera le tout au camping La Prairie à Canet-en-Roussillon pour former l'agouille de Cagarell qui ira se jeter dans l'étang de Canet-Saint-Nazaire.
Quant au nom, la Llobère, elle indique un lieu où habitaient de grands méchants loups, c'est dire la mauvaise fréquentation du lieu il y a quelques temps...

Còrrec de les Llobères, Canet-en-Roussillon, P-O.

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