C'est en recherchant des informations sur Bernard Barraqué, chercheur au CNRS et qui nous avait donné des cours à l'Université de Montpellier 2, que je suis tombé sur une
émission de France Culture,
Cultures Monde.
La thématique du jour est les aqueducs, et M. Barraqué intervient pour parler de celui amenant l'eau de la vallée Owens jusqu'à la métropole de Los Angeles. On y apprend que, comme toutes les adductions d'eau, celle-ci a été sujette à conflit notamment car elle allait priver aux habitants de la vallée l'accès à une ressource hydrique qui jusque là leur permettait de s'alimenter, de nourrir le bétail et de cultiver.
Juste avant la première guerre mondiale, il a été décidé de conduire l'eau depuis le lac Owens vers Los Angeles pour permettre la création de nouveaux périmètres irriguées autour de la ville, notamment des orangeraies. Le lac Owens est l'exutoire d'une vallée qui commence un peu plus au nord, près du parc national Yosemite, au lac Mono. Tout le long de cette large vallée, des familles de colons s'étaient installées et avaient développé des élevages grâce à des cultures de luzerne, plus de l'agriculture vivrière. Seulement, un nouveau service
angelino d'aménagement du territoire, le département de
Reclamation, vient entourlouper les habitants de la vallée Owens, pour la plupart illettrés, et s'approprient leurs droits d'eau. Ici commence le détournement de l'eau du bassin endoréique de la vallée Owens au profit de l'aqueduc.
Un barrage est également construit dans les années 30, barrage qui aura des hauts et des bas à cause du manque de connaissance de l'initiateur du projet, l'ingénieur des eaux William Mulholland, mais aussi à cause de l'hostilité des habitants de la vallée Owens qui ont vu le lac s'assécher, laissant les argiles de fond s'envoler à tous vents et venir rendre incultivables les terres des alentours.
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| Aqueduc de Los Angeles dans le Jawbone Canyon, Cal. (photo: circleofblue.org) |
De leur côté, les techniciens commencent l'agrandissement de Los Angeles en se servant de l'aqueduc pour créer de nouveaux périmètres irrigables. Ces périmètres irrigables seront convertis en lotissements une fois que le tramway sera arrivé jusque dans ces terres autrefois lointaines. L'aqueduc se retrouve alors converti en réseau d'eau potable.
On retrouvera ces mêmes scénarios dans les projets de Grande Hydraulique au sortir de la seconde guerre mondiale, notamment en Afrique (Assouan en Egypte, Sélingué au Mali etc.) ou en Inde (Bhakra, Tehri etc.). Plus prêt de nous, c'est une des peurs des contradicteurs du projet
Aqua Domitia qui prévoit de détourner 1 à 2,5 m3 par seconde du bas-Rhône afin de favoriser les cultures irriguées (arbres fruitiers, maraîchage) dans le Gard, la basse vallée du Lez, de l'Hérault et de l'Orb ainsi que dans le Minervois. Ce projet, pensé à partir et pour l'agriculture par Philippe Lamour, pourrait très bien être détourné afin de desservir les stations balnéaires et les nouveaux lotissements en eau potable. Or, rappelons-le, l'eau potable à partir de l'eau brute n'est que très peu recommandable, surtout venant du Rhône.
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| Haut-barrage d'Assouan sur le Nil, Egypte (photo: minaminettes.kaelio.info) |
Comme toujours, eau et pouvoir se rejoignent et se complètent ; la possession du premier entraîne irrémédiablement le second.