lundi 7 mai 2012

Le canal de Saint-Hippolyte

Ce n'est pas un chanceux le Pierre-Paul Riquet, ingénieur français du 17ème siècle, né à Béziers, et visionnaire technologique. Passons les détails de son enfance et de son adolescence, ça ne nous intéresse pas.

Le 16 novembre 1662, Riquet propose un projet un peu foufou à Jean-Baptiste Colbert, contrôleur des finances sous Louis XIV: il veut relier l'Océan Atlantique à la Mer Méditerranée, projet qu'avait déjà son père, Guillaume. Le ministre donne son accord et la construction du "canal royal du Languedoc" commence en 1666. Riquet est au four et au moulin de ce qui deviendra le canal du Midi en 1789, révolution oblige. Seulement, le 1er octobre 1680, il meurt à Toulouse, un an avant l'inauguration de son "bébé" qui relie désormais Castets-en-Dorthe, département de la Gironde, et Sète, dans l'Hérault.

Mais c'est d'un autre canal que je voulais parler, celui de Saint-Hippolyte. Entre l'étang de Salses et le Crest, Saint-Hippolyte renferme dans le secret le plus délicat un joli petit coin de farniente, de rêvasserie et de plaisirs simples. En marchant le long de la rue Paul Riquet, cap al nord, on se laissera doucement border par des peupliers, des épis d'orge et d'avoine sauvage, des galactitès cotonneux, d'un ravin rempli d'algues s'attirant la faveur des aigrettes du coin. En y regardant bien, ce n'est pas un ravin mais un canal, avec un sentier de chaque côté, comme "l'autre". On passe un pont, une écluse, et l'eau devient plus claire, le courant plus rapide, l'air de l'étang commence à fouetter derrière les oreilles, à nous appeler.



Galactitès cotonneux, Galactites tomentosa

Font del port, et l'étang de Salses.

Ce petit canal n'est pourtant pas l'oeuvre du sieur Riquet, le nom de la rue induit en erreur, il porte juste son nom, en hommage. Retour au XVIIème siècle. 1659. Date importante pour toute la population roussillonnaise et des comarques alentours. Cette année, la partie nord de la Catalogne est cédée à la France par le Traité des Pyrénées. Dorénavant, la France commencera dès les sommets pyrénéens, dès le col de Banyuls, le col d'Ares ou du Perthus. Les années suivantes, les Roussillonnais sont intraitables, anti-français et l'Espagne voisine est plus que jamais à l'affût pour l'attaque. Il faut y remédier. C'est Vauban, l'homme de Mont-Louis, Collioure, Perpignan, Villefranche-de-Conflent etc. qui va décider en 1686 de construire un canal reliant le village de Port-la-Nouvelle à celui de Saint-Hippolyte. Le but est double: mater les Roussillonnais en leur faisant rentrer dans la caboche la domination française ; apporter des armes depuis le nord pour parer à un éventuel assaut espagnol. On trace un projet: le canal partira de Narbonne, en liaison avec le canal de Narbonne, traversera les étangs de Bages et de Salses. Un certain Rousselot ira même jusqu'à dessiner les plans d'une prolongation jusqu'à Perpignan. C'est en 1691 que commencent les travaux, de la Font del Port jusqu'au village de Saint-Hippolyte. Ce sera l'unique tronçon. En 1700, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, est nommé roi d'Espagne. Le risque sudiste est écarté. L'intégration du Roussillon attendra.

Aujourd'hui, ce sont les habitants du village qui profitent de ce projet avorté, en le gardant pour eux, pas d'indication, pas de publicité. On peut aussi penser à l'allure qu'aurait pu avoir la ville de Perpignan avec un canal coulant au sein des remparts. L'un fut seulement un projet, l'autre fut rasé sans raison valable, tristement. Profitons de ce qui reste du patrimoine.

2 commentaires:

  1. J'aime bien comment les éléments qui nous entourent (eau, terres, bâtiments) ont une histoire de nous aussi.
    Merci pour le partage! :)

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