dimanche 5 février 2012

Coloscopie en règle

A Mérida, on aime bien se laisser porter par le tourbillon de la grande machine, et courber l'échine. On s'aperçoit au bout d'un certain moment que la colonie est passée par là et qu'elle s'y est plu, et qu'elle y restée. Sur le paseo de Montejo, les maisons coloniales s'affichent devant l'avenue, les noms des hôtels luxieux du centre-ville portent des noms très à propos: El Castellano, El Marqués, El Español, El Conquistador etc., illustrant bien qu'ici, avoir des origines ibériques est assez bien vu.

Lorsque le Yucatán cherchait à être (et fut) indépendante (1841-1848), les gouvernants de la péninsule se mirent à envoyer les indigènes combattre les troupes de Santa Anna, président du Mexique et acharné quant au fait de faire rentrer le Mayab dans le nouvel état mexicain fraîchement créé.
Un jour, une guerre des castes éclata. Les indigènes mayas, lassés de servir de chair à canon se sont mis à massacrer les colons, à les massacrer à un tel point que l'on croyait depuis l'extérieur qu'il n'allait plus rester un seul blanc ou créole dans toute la péninsule. Craignant pour sa vie, Miguel Barbachano, gouverneur du Yucatán rendit les armes à Santa Anna et lui demanda très gentiment de bien vouloir envoyer ses soldats afin de calmer la révolte. Après cette date (1848), et aujourd'hui encore, la péninsule du Yucatán est mexicaine, divisée en trois états, Campeche, Yucatán et Quintana Roo.

Drapeau de la brève République de Yucatán

Malgré cet épisode, il reste une grande soumission vis-à-vis des "colons", tout en cherchant à leur faire sortir rapidement le pour-boire. Cela m'encourage à dire que le colon a changé de camp et n'est plus le touriste, source de pesos parfumés au dollar, mais le haut-personnel de l'administration, entre autres.

Malheureusement, un triste fait-divers récent vient rappeler cette hiérarchie de la société yucatèque:
Le 29 janvier 2012, Rosa Cristina Zetina Zavala, 18 ans, habitant à Cozumel, Quintana Roo, roule au volant de sa voiture dans les rues de la ville, peu avant minuit. En excès de vitesse (selon le rapport policier), elle renverse un couple en moto, Margarita María Canul Balam et son époux José Adrían Uicab. Après le choc, Rosa Cristina est transférée du Ministère Public à la clinique privée CMC, en proie à une crise nerveuse. C'est une chance que n'aurons pas les deux accidentés puisque madame meurt sur le coup, son mari pendant le transport à l'hôpital, laissant deux enfants mineurs et désormais orphelins. Quant à Rosa Cristina, elle reçut au sortir de la clinique, quelques heures plus tard, l'excellente nouvelle que le rapport d'expertise était en sa faveur et qu'elle était donc libre de rentrer chez elle. Affaire classée.

Rosa C. Zetina Zavala

Le déroulement des faits apparaîtrait assez louche si on ne savait que Rosa Cristina n'est autre que la fille de Javier Zetina González, directeur du Secrétariat des Infrastructures et du Transport de l'état de Quintana Roo (SINTRA), un haut fonctionnaire.
Comment qualifier ce favoritisme outrageant? Où a-t-on vu un rapport d'expertise d'accident de la route avec deux morts se réaliser en une nuit? Comment peut-on sortir libre quelques heures seulement après avoir causé la mort de deux personnes? de surcroît avec un excès de vitesse recensé? Le nouveau colonialisme est là, dans l'impunité, dans l'échange bons procédés entre oligarques et fonctionnaires haut-placés ; dans le manque de responsabilité de la part d'une administration fonctionnant au pot-de-vin et aux affinités carriéristes. Il est aussi dans le silence de la population et dans l'acceptation intrinsèque d'une hiérarchie et d'un statut de dominance donné par le poste professionnel.

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