Ce que nous dit Da Jandra est que, en lieu et place d'une révolution rapide et destructrice, il est plus intéressant de changer individuellement afin de proposer des idées à long terme. Cette idée de long terme se marie à celle de la lenteur, la lenteur qui fait que l'on peut digérer des situations complexes, des lectures complexes, des travaux complexes. On revient assez souvent dans les visions du quotidien sur la rapidité de notre époque et je crois que le besoin de reprendre des sensations pleines et durables est un grand enjeu pour la transformation de notre société, penser le temps autrement, ou comme Pierre Sansot dans Du bon usage de la lenteur:
Les êtres lents n'avaient pas bonne réputation. On les disait empotés, on les prétendait maladroits, même s'ils exécutaient des gestes difficiles. On les croyait lourdauds, même quand ils avançaient avec une certaine grâce. On les soupçonnait de ne pas mettre beaucoup de cœur à l'ouvrage. On leur préférait les dégourdis - ceux qui, d'une main leste, savent desservir une table, entendre à mi-voix les ordres et s'empresser à les réaliser et qui, enfin, triomphent dans le calcul mental. Leur vivacité éclatait dans leurs mouvements, leurs répliques, et même dans l'acuité de leur regard, la netteté de leurs traits : de vif-argent. "Ne vous faites pas de souci pour eux, ils se tireront toujours d'affaire."
J'ai choisi mon camp, celui de la lenteur. J'éprouvais trop d'affection pour les méandres du Lot, un petit paresseux, et pour cette lumière qui en septembre s'attarde sur les derniers fruits de l'été et décline insensiblement. J'admirais ces gens, hommes ou femmes qui, peu à peu, le temps d'une vie, avaient donné forme à un visage de noblesse et de bonté. À la campagne, après une journée de travail, les hommes levaient leur verre de vin à hauteur de leur visage, ils le considéraient, ils l'éclairaient avant de le boire avec précaution. Des arbres centenaires accomplissaient leur destinée siècle après siècle et une telle lenteur avoisinait l'éternité.
La lenteur, c'était, à mes yeux, la tendresse, le respect, la grâce dont les hommes et les éléments sont parfois capables.
Une évolution donc, plus qu'un tour de force que serait une révolution, au risque de sacrifier plusieurs générations dans le processus, le principal étant d'arriver au changement qui ne remplacera pas un bourreau par un autre mais qui arrivera à métamorphoser efficacement les données et apportera comme si de rien n'était une nouvelle façon de vivre à la nature, à soi et aux autres.
Pour venir baigner dans l'actualité, le travail à long terme est également prôné par l'anthropologue Paul Jorion à propos de la crise financière. Selon lui, les mesures prises par les gouvernements ne sont faites que pour "raboter la porte alors que la maison est en train de s'écrouler". Il faut donc changer de maison et en construire une nouvelle, ce qui prend du temps et de l'effort. Les journaux répètent en boucle chaque semaine qu'une solution d'urgence a été trouvée, que le pire a été évité mais ce n'est que reculer pour mieux sauter. Le système financier actuel est au bord de la chute vertigineuse. Les directions des médias sont également visées par Da Jandra, il leur reproche leur manque d'ambition quant à la proposition d'idées, la stérilité et la platitude de leurs sujets. Pour lui, les journaux devraient poser le lecteur à réfléchir, à penser, et non simplement à ingurgiter les nouvelles du monde vues depuis un certain angle.
De là, on peut passer au troisième point que j'ai gardé de cette présentation, l'envie de difficulté, du moins sa recherche. Le facile entraîne la facilité, et la formation à accepter le difficile, à y travailler dessus est nécessaire à une certaine évolution. De là à penser que le maintien de la population dans la facilité est voulu afin d'empêcher sa croissance et le déclin de ces mêmes élites, il n'y a qu'un pas.
Je mets au cas où la vidéo de la présentation de Leonardo Da Jandra par Santiago (via la revue Deliberacíon):
Je suis un contemplatif contrarié. Mais j'ai souvent du me faire violence, car mon métier exige souvent de travailler dans l'urgence . Cependant j'ai pu m'accommoder des nombreuses contraintes inhérentes à ma profession en me ménageant ce que j'appelle des "fenêtres" dans mon activité . Loin de faire l'éloge de la paresse , je conseillerais , afin de conserver un semblant d'équilibre , de se débrancher dès que faire se peut . Une sieste journalière , s'attarder à table avec les copains , glander à la terrasse d'un café en regardant passer le temps et les nanas , refaire régulièrement le monde même si le lendemain tu le retrouves remonté à l'envers... Enfin toutes ces petites choses que les excités et les fâcheux appellent perte de temps , alors qu'il ne s'agit que de sagesse...
RépondreSupprimerJe ne dirais pas se débrancher mais rester "au jus" sous un autre voltage, celui qui dure le plus longtemps et n'abîme par les câbles.
RépondreSupprimerPar contre oui, je ne parle pas de paresse, mais au contraire de la lenteur qui permet justement de surmonter et réussir des choses que la précipitation peuvent rendre faciles alors qu'elles ne le sont pas.
Je me rappelle de la phrase de Papet (le Papet Canal, pas le Soubeyran)"Messieurs, prenons notre temps, nous sommes pressés".