Il a beaucoup plu ce vendredi. Jusque tard dans la nuit, les lampadaires laissaient voir tomber des millimètres et des millimètres d'eau qui, ne trouvant nulle part à terre pour se loger, ruisselaient le long des caniveaux vers des sols plus aimables ou un égout prêt à tout, la gueule grande ouverte. Des jours comme ça sont une véritable aubaine pour les rivières de la région, trop heureuses de donner à leur végétation et aux populations de tortues de rierol de quoi jouer dans le courant et d'apporter sur les berges cette espèce de vase qui colle aux chaussures et rend les chiens malodorants. C'est cette même vase qui se trouvait ce matin sur les bords du Lez, le long de l'avenue du Pirée.
Le Lez est un vieux garçon, il a ses sautes d'humeurs mais ne dépasse jamais vraiment les bornes. Il est généreux de nature, peut-être ses origines montagnardes, celles arrachées au contre-fort du Larzac et amenées par voie souterraine dans ces longs dédales calcaires et tortueux qu'on appelle les karsts, puis jaillir à Saint-Clément-de-Rivière où l'Homme attend, imperturbable, les milles dons du vieillard prodigue. Il y a bien le Verdanson pour le seconder un tant soit peu, cette rivière perpétuellement asséchée qui "coule" le long du stade Phillipidès et nourrit la première fontaine de l'histoire de Montpellier, la Font Putanelle, où la légende faisait perdre leur virginité aux demoiselles restées trop tard aux ginguettes qui ornaient alors ses rives. Mais le Verdanson est une miséreuse, il ne faut pas oublier qu'elle fut débaptisée et que son nom d'origine était le Merdanson, toilettes publiques du tout Montpellier. Et pourtant, notamment hier, elle a nourrit le Lez de toutes les immondices de son lit. Il faut bien parfois secouer les haillons et frissonner tout nu devant la cuve d'eau, le temps de la toilette.
Après ceci, passé le moulin de Salicate, le Lez coule en solitaire et traîne ses souliers boueux jusqu'à Palavas-les-Flots pour un grand plongeon dans la Méditerranée encore un peu chauffée par les dernières traces de l'automne. En route, si le béton ne l'en avait empêché, il aurait envoyé partout ses offrandes qui lui ont peut-être valu son nom - du gaulois Ledou, fertile, gras, puis Ledum - et aurait fait la joie des terres labourées comme elles ont pu l'être à Castelnau-le-Lez ou à Lattes. Au lieu de ça, et de remerciements complices, il n'y en a que pour salir les trottoirs déglingués par les racines des platanes et les râleries des passants venus passer le dimanche matin auprès de lui.
ah je suis contente que tu aies pu reprendre l'écriture de ton blog et cette pluie t'a fort bien inspiré.
RépondreSupprimerOui, apparemment il n'est rien tombé dans les P-O, ça m'a surpris, ici il a n'a fait que pleuvoir durant tout le vendredi et une mini tempête de vent pendant la nuit.
SupprimerQuelles photos! J'espère pouvoir y aller bientôt voir tout ça!
RépondreSupprimerOn amènera la pi aussi, elle va s'y régaler
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