samedi 20 avril 2013

La baraque du Cadi

"La jasse est située dans un cirque grandiose, entonnoir fermé par les pics Canigo, Sept-Hommes, Très-Vents et Casami, où en été pacagent les troupeaux. Au pied de la Baraque du Berger coule une fontaine ; non loin se trouvent d'autres fontaines dénommées l'Ours, l'Isard, la Cheminée, la Palanca, el Pinsa. Ainsi naît le torrent du Cadi, à même les névés, les congères, à même les rocs, les cheminées. Le val ruisselle de fontaines."

-"La crue", Michel Maurette (1949).

Vall del Cadi, Conflent.



vendredi 29 mars 2013

Cicle espiritual

Diuen que el Crist mor el divendres a Perpinyà, durant la processó de la Sanch, i ressuscita el diumenge a Illa de Tet, gràcies als cants de les Regines de Coll i Colomer. Aquest temps pasqual és també l'occasió per tothom de renèixer, de sortir dels llargs mesos d'hivern i posar de nou el nas a la finestra per gaudir de la naturalesa: ella també se torna a sentir viva i forta.

Ja s'ha vingut la primavera, quina millora manera per acullir-la!

Sortida de la catèdral Sant Jaume

dimanche 24 mars 2013

Les rages du mauvais gosse

Pour ceux qui rôdent souvent vers les quais du Verdanson (anciennement Merdanson) et ne le connaissent  que comme un tunnel de graffitis crachant quelques relents d'eau sale les jours de fortes pluies, la preuve en est que ce ne fut pas toujours le cas.

source: nimes.labomedia.org

Image du Blog murviellesmontpellier.centerblog.net
source: murviellesmontpellier.centerblog.net

lundi 18 mars 2013

Présences d'Oc

On a tendance à l'oublier mais, à Montpellier, on est en Occitanie. Chez les gavatxos comme on dit chez moi. Et pourtant, même si le terme occitan nous fait souvent penser aux troubadours et donc à une espèce de culture sous cloche, elle n'en demeure pas moins vive pour qui sait flâner dans les rues de la ville, ou regarder les toponymes des lieux.


Il y a un peu plus d'un mois, l'émission "Tout un monde" de France Culture dédiait deux heures à l'Occitanie, cette terre unie mais disparate, de Guéret à Carcassonne, de Nice à Bordeaux et même au-delà des frontières, au Vall d'Aran (Espagne) et la Valli Occitane (Italie). Je n'avais pas pris le temps de les écouter jusque-là, et ne regrette pas de l'avoir fait aujourd'hui.

Présences d'Oc (1): http://www.franceculture.fr/emission-tout-un-monde-presences-d-oc-1-une-culture-des-langues-en-peau-de-chagrin-2013-02-05

Présences d'Oc (2): http://www.franceculture.fr/emission-tout-un-monde-presences-d-oc-2-lieux-et-realites-de-l-occitanie-en-2013-2013-02-12



dimanche 17 mars 2013

Des racines et des ponts

Certains pays ont des corps d'ingénieurs dédiés à la construction des ponts, des ponts gracieux, innovateurs, impressionnants, modernes etc. Il est vraisemblable que depuis la nuit des temps, les Hommes ont mis en place des constructions permettant de traverser une rivière, de passer par-dessus un obstacle ou un trou. En Europe, les ponts romains sont les plus reconnus de par l'introduction de la voûte et des gros piliers soutenant la voirie. Certains sont restés en très bon état depuis, d'autres moins.

L'archéologue Max Von Oppenheim sur un pont romain à Mossul, Irak (1920).

D'autres régions, plus reculées, forcent les populations à créer elles-mêmes leurs infrastructures. C'est par exemple le cas dans une région du Nord-Est de l'Inde, le Meghalaya ("Demeure des nuages"), région considérée comme la plus humide du monde. Parfois, les précipitations annuelles s'élèvent à un cumul de 25 mètres ce qui rend les cours d'eau furieux, impraticables, mais surtout infranchissables. Or, le commerce entre les villages doit continuer, coûte que coûte. C'est pourquoi certains habitants se sont tournés vers la construction de ponts végétaux, à défaut d'autres matériaux et d'argent. Cependant, ils paraissent être les plus adaptés:

Le pont est construit à base de racines d'arbres qui, progressivement, vont devenir de plus en plus fortes et consolider la structure. La technique se transmet de génération en génération car il est évident qu'un seul pont peut prendre plusieurs décennies avant d'être terminé. Une fois l'oeuvre achevée, le résultat est plus qu'enchanteur, et la vie peut suivre son cours.



Une petite vidéo (en anglais) sur la construction des ponts végétaux dans le Meghalaya:


Vu ici

jeudi 7 mars 2013

Une histoire quasi-universelle

D'un côté, un livre de chevet très intéressant sur l'histoire de l'hydraulique arabe, Les maîtres de l'eau de Mohammed El Faïz, de l'autre un travail à rendre en anglais sur les chinampas, ces jardins flottants de la région de México City et qui servirent de véritables greniers à maïs (et plein d'autres choses) à la florissante Tenochtitlan, quand elle n'était qu'une île lacustre.

Au milieu de ça, une citation de l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano, auteur du livre Las venas abiertas de América Latina (Les veines ouvertes de l'Amérique latine), livre qu'a offert le défunt Hugo Chávez au président américain Barack Obama.

"L'Espagne n'est pas très amie avec l'eau qui est une chose du diable, une hérésie musulmane, et c'est de l'eau vaincue qu'est née la ville de México, élevée sur les ruines de Tenochtitlan. Continuant l'oeuvre des guerriers, les ingénieurs se mirent à bloquer avec des pierres et de la terre, au fil du temps, toute la circulation hydrologique des lacs et rivières de la région." 
                                                               Eduardo Galeano, Espejos: una historia casi universal, 2008.


Chiapas, Maya route. Photo: D.A. Harvey

lundi 4 mars 2013

Water and power

C'est en recherchant des informations sur Bernard Barraqué, chercheur au CNRS et qui nous avait donné des cours à l'Université de Montpellier 2, que je suis tombé sur une émission de France Culture, Cultures Monde.

La thématique du jour est les aqueducs, et M. Barraqué intervient pour parler de celui amenant l'eau de la vallée Owens jusqu'à la métropole de Los Angeles. On y apprend que, comme toutes les adductions d'eau, celle-ci a été sujette à conflit notamment car elle allait priver aux habitants de la vallée l'accès à une ressource hydrique qui jusque là leur permettait de s'alimenter, de nourrir le bétail et de cultiver.

Juste avant la première guerre mondiale, il a été décidé de conduire l'eau depuis le lac Owens vers Los Angeles pour permettre la création de nouveaux périmètres irriguées autour de la ville, notamment des orangeraies. Le lac Owens est l'exutoire d'une vallée qui commence un peu plus au nord, près du parc national Yosemite, au lac Mono. Tout le long de cette large vallée, des familles de colons s'étaient installées et avaient développé des élevages grâce à des cultures de luzerne, plus de l'agriculture vivrière. Seulement, un nouveau service angelino d'aménagement du territoire, le département de Reclamation, vient entourlouper les habitants de la vallée Owens, pour la plupart illettrés, et s'approprient leurs droits d'eau. Ici commence le détournement de l'eau du bassin endoréique de la vallée Owens au profit de l'aqueduc.

Un barrage est également construit dans les années 30, barrage qui aura des hauts et des bas à cause du manque de connaissance de l'initiateur du projet, l'ingénieur des eaux William Mulholland, mais aussi à cause de l'hostilité des habitants de la vallée Owens qui ont vu le lac s'assécher, laissant les argiles de fond s'envoler à tous vents et venir rendre incultivables les terres des alentours.

Aqueduc de Los Angeles dans le Jawbone Canyon, Cal. (photo: circleofblue.org)

De leur côté, les techniciens commencent l'agrandissement de Los Angeles en se servant de l'aqueduc pour créer de nouveaux périmètres irrigables. Ces périmètres irrigables seront convertis en lotissements une fois que le tramway sera arrivé jusque dans ces terres autrefois lointaines. L'aqueduc se retrouve alors converti en réseau d'eau potable.

On retrouvera ces mêmes scénarios dans les projets de Grande Hydraulique au sortir de la seconde guerre mondiale, notamment en Afrique (Assouan en Egypte, Sélingué au Mali etc.) ou en Inde (Bhakra, Tehri etc.). Plus prêt de nous, c'est une des peurs des contradicteurs du projet Aqua Domitia qui prévoit de détourner 1 à 2,5 m3 par seconde du bas-Rhône afin de favoriser les cultures irriguées (arbres fruitiers, maraîchage) dans le Gard, la basse vallée du Lez, de l'Hérault et de l'Orb ainsi que dans le Minervois. Ce projet, pensé à partir et pour l'agriculture par Philippe Lamour, pourrait très bien être détourné afin de desservir les stations balnéaires et les nouveaux lotissements en eau potable. Or, rappelons-le, l'eau potable à partir de l'eau brute n'est que très peu recommandable, surtout venant du Rhône.

Haut-barrage d'Assouan sur le Nil, Egypte (photo: minaminettes.kaelio.info)

Comme toujours, eau et pouvoir se rejoignent et se complètent ; la possession du premier entraîne irrémédiablement le second.

dimanche 3 mars 2013

Pollution sur le Lez (34)

On fouille dans les archives et on découvre que la pollution des eaux de surface n'est pas une nouveauté ; non plus les contentieux entre l'intérêt public et la responsabilité privée. Reportage sur le Lez, dans l'Hérault, diffusé le 3 novembre 1973.



Histoire, le Lez pollué 03-11-1973 par Tianex

samedi 23 février 2013

La nuesa del paisatge


Per Eva Vásquez, diari El Punt Girona, 6 de gener de 2013 (llegir l'article original aquí)

Arístides Maillol va suspendre tres vegades l'examen d'ingrés a l'Escola de Belles Arts de París, i quan finalment va aconseguir entrar-hi, va ser per constatar que hauria hagut d'estar més atent als senyals inequívocs que li havia estat enviant el destí. Aquells ensenyaments definitivament no feien per ell, sobretot després de descobrir que, més que la pintura, el que li agradava era el tapís, i quan ja en dominava tots els secrets, que de fet no, tampoc no era el tapís: el que volia era dedicar-se a l'escultura. En realitat el canvi d'orientació que determinaria la seva autèntica vocació es va deure a un problema a la vista que li impedia atendre els detalls de l'ordit, potser per això l'obra escultòrica per la qual passaria a la història és tan tàctil; les seves dones, tan turgents i voluptuoses, tan carnals. El Maillol que coneixem és doncs el que neix quan ja té els quaranta anys fets i es construeix vertiginosament en els quaranta anys següents, ben bé fins al moment de la mort, quan anava a recollir pedretes a la platja de Banyuls, com explica Josep Pla a l'Homenot que va dedicar-li, per continuar sentint el pes del món a la mà, amb la seva barba tolstoiana, el barret d'hortolà i la mirada embravida amb una centella blava cada cop que sentia a prop l'ardor juvenil de la musa dels últims anys, la coratjosa Dina Vierny.

ElPunt/Avui - G.KARQUEL

Maillol, l'escultor carnal (Curbet Edicions), de l'escriptor i periodista Xavier Febrés, és la més recent aproximació a un artista que continua sent objecte de devoció i encasellament a parts iguals, probablement perquè sovint s'ha parat més atenció que no calia al seu vincle amb el mite del classicisme grec, oblidant, com ben encertadament observa Febrés, que Grècia no va ser per Maillol un descobriment, sinó un reconeixement, un calc i a sobre menys emocionant del seu Rosselló natal, el seu veritable “humus creatiu”, i s'ha passat per alt en canvi que era també un home rústec, un sensual, algú que podia replicar irat que no es podia entendre la forma precisa de la natura ni de tot el sistema que irriga la vida si abans no s'havia mesurat al palmell de la mà el pit o la vulva d'una dona. I això que n'hi ha que afirmen que no va tenir relacions carnals fins ben bé a la trentena: abans estava massa ocupat a sortir de la misèria, com la majoria dels seus veïns, astuts contrabandistes en temps de penúria generalitzada, i no va sortir de penes fins que va conèixer Clotilde Narcís, la filla del flequer del poble, dotze anys més jove que ell, que va convertir en la model de les seves primeres obres monumentals i en el testimoni privilegiat de la seva consagració vertiginosa com el successor de Rodin, abans que aparegués una noieta de quinze anys d'origen rus, quan Maillol ja passava dels setanta, i la relegués al paper vodevilesc d'esposa gelosa i malhumorada.

El llibre de Xavier Febrés, una àgil i amena introducció a la vida i l'obra maillolianes, té el mèrit afegit de plantejar alguns interrogants incòmodes; per exemple, per què l'obra d'un escultor nord-català que va fer professió de fe del seu catalanisme continua sent tan poc present als espais públics de Catalunya?

dimanche 10 février 2013

Le litige de la goutte d'eau

Mon professeur de droit, feu Régis Marchiaro, l'avait pourtant bien répété, le droit de l'eau est partout. Même dans la première scène de La fille du puisatier (1940), le film de Marcel Pagnol:

JACQUES - [...] Je vous ai simplement demandé si vous vouliez traverser le ruisseau.
PATRICIA - Il est à vous ? 
JACQUES - Justement, il traverse des champs qui appartiennent à mon père.  
PATRICIA - Les pierres et le sable sont peut-être à vous ; mais un ruisseau c'est de l'eau qui passe. Et l'eau qui passe, à qui est-elle? 
JACQUES - Elle est à moi pendant qu'elle passe chez moi.

Patricia se préparant à traverser le ruisseau (la Touloubre?).

Hélas, le pauvre Jacques, pour tout "fils du bazar" qu'il soit, n'était pas là dans l'exactitude. Pourtant, le droit de l'eau, sorte de bâtard législatif, a depuis toujours été rattaché au droit de la terre. Le propriétaire de la terre est également propriétaire de l'eau du sous-sol, oui mais seulement car celle-ci est immobile. Enfin, c'est ce que pensaient les romains. Selon eux, toute eau courante ne peut être que publique, qu'elle dévale les pentes d'un coteau ensoleillé où, ici, celles plus adoucies des Coussouls de la plaine de la Crau. Paradoxe, l'eau souterraine circule aussi, pas-à-pas certes, mais circule...

Plus tard, le bourguignon Benjamin Nadault de Buffon, né à Montbard (21) en 1804, va travailler sur le droit français de l'eau et donner raison à la jeune Patricia. Il s'implique dans le débat sur la propriété des rivières et ruisseaux, qui accordera aux propriétaires fonciers le droit d'user des berges et du lit à leur guise, sauf si le cours d'eau en question est d'utilité publique, dans le cas de l'eau potable par exemple. Le sort de la terre était réglé, mais l'élément aqueux, en tant que tel, est comme toujours plus loin en aval pour en avoir cure.


A lire :
Un ingénieur des Ponts et Chaussées hydraulicien: Nadault de Buffon (1804-1880), par Jean-Paul Hague et Bernard Barraqué. 

samedi 12 janvier 2013

samedi 17 novembre 2012

Fuentes Vaqueros

Guadix, Andalousie, par Inge Morath (1954)


"La fontaine est basse et émet quatre sons d'eau fraîche et pure. L'après-midi, les jeunes filles, bien mises, avec quelques fleurs à leur corsage, vont chercher l'eau, la cruche à la taille. Presque toutes sont robustes, rougeaudes, et portent autour du cou des foulards aux couleurs éclatantes. Elles ont les mains calleuses et les pieds déformés par les grandes courses qu'elles font à travers champs pour glaner les épis. Au coucher du soleil, la fontaine se couvre de rires et de chants qui étouffent la voix solennelle de l'eau, et les jeunes filles sont la joie et l'attrait de la place morte. Mais quand vient la nuit, la fontaine chante plus haut et l'air a un étrange tremblement de mystère. Les portes se ferment une à une et si quelqu'un passe, ses pas résonnent comme s'il marchait violemment sur une citerne, au-dessus de l'eau."


Federico Garcia Lorca, Mon village, 1916.

dimanche 11 novembre 2012

Le Lez, en aval de ses racines

Il a beaucoup plu ce vendredi. Jusque tard dans la nuit, les lampadaires laissaient voir tomber des millimètres et des millimètres d'eau qui, ne trouvant nulle part à terre pour se loger, ruisselaient le long des caniveaux vers des sols plus aimables ou un égout prêt à tout, la gueule grande ouverte. Des jours comme ça sont une véritable aubaine pour les rivières de la région, trop heureuses de donner à leur végétation et aux populations de tortues de rierol de quoi jouer dans le courant et d'apporter sur les berges cette espèce de vase qui colle aux chaussures et rend les chiens malodorants. C'est cette même vase qui se trouvait ce matin sur les bords du Lez, le long de l'avenue du Pirée.


Le Lez est un vieux garçon, il a ses sautes d'humeurs mais ne dépasse jamais vraiment les bornes. Il est généreux de nature, peut-être ses origines montagnardes, celles arrachées au contre-fort du Larzac et amenées par voie souterraine dans ces longs dédales calcaires et tortueux qu'on appelle les karsts, puis jaillir à Saint-Clément-de-Rivière où l'Homme attend, imperturbable, les milles dons du vieillard prodigue. Il y a bien le Verdanson pour le seconder un tant soit peu, cette rivière perpétuellement asséchée qui "coule" le long du stade Phillipidès et nourrit la première fontaine de l'histoire de Montpellier, la Font Putanelle, où la légende faisait perdre leur virginité aux demoiselles restées trop tard aux ginguettes qui ornaient alors ses rives. Mais le Verdanson est une miséreuse, il ne faut pas oublier qu'elle fut débaptisée et que son nom d'origine était le Merdanson, toilettes publiques du tout Montpellier. Et pourtant, notamment hier, elle a nourrit le Lez de toutes les immondices de son lit. Il faut bien parfois secouer les haillons et frissonner tout nu devant la cuve d'eau, le temps de la toilette.

Après ceci, passé le moulin de Salicate, le Lez coule en solitaire et traîne ses souliers boueux jusqu'à Palavas-les-Flots pour un grand plongeon dans la Méditerranée encore un peu chauffée par les dernières traces de l'automne. En route, si le béton ne l'en avait empêché, il aurait envoyé partout ses offrandes qui lui ont peut-être valu son nom - du gaulois Ledou, fertile, gras, puis Ledum - et aurait fait la joie des terres labourées comme elles ont pu l'être à Castelnau-le-Lez ou à Lattes. Au lieu de ça, et de remerciements complices, il n'y en a que pour salir les trottoirs déglingués par les racines des platanes et les râleries des passants venus passer le dimanche matin auprès de lui.


jeudi 20 septembre 2012

Journée du maïs, côté clair, côté obscur

"L'invention du maïs pour les mexicains n'est comparable qu'avec l'invention du feu pour l'Homme". - Octavio Paz.

Du côté clair, ce sont les manifestations un peu partout au Mexique pour célébrer ce qui est aujourd'hui l'alimentation de base de la population. Le maïs, descendant du teocintle, Zea mays ssp parviglumis, originaire du Mexique, a progressivement pris de l'ampleur pour devenir l'ingrédient numéro un de la milpa, le jardin potager mexicain.




Du côté obscur, ce sont les résultats de l'analyse du maïs transgénique NK603 produit par Monsanto, aliment très courant dans nos repas quotidiens et qui a donné des tumeurs grosses "comme des balles de ping-pong" à de pauvres ratounets qui n'en avaient pas plus demandé. Des expérimentations sur cellules-souche auraient également pu faire l'affaire.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/19/qu-est-ce-que-le-mais-nk603-soupconne-de-toxicite_1762504_3244.html

Pour faire la boucle, il faut savoir qu'au Mexique les plantations de maïs OGM de Monsanto, résistantes au fameux RoundUp, sont autorisées et gagnent progressivement du terrain, via la pollinisation par le vent, les terres les plus reculées des montagnes de Oaxaca, de Jalisco ou de Michoacán. Acculés par cette gangrène qui ne dit que trop fort son nom (contradictoire), les petits agriculteurs, uniques garants d'un savoir-faire transmis depuis plus de dix siècles, doivent mettre la clé sous la porte, le baluchon sur l'épaule et s'en aller peupler les bidonvilles des grandes métropoles régionales.

dimanche 13 mai 2012

Así nomás

Plage de Torreilles, 23/03/2012

lundi 7 mai 2012

Le canal de Saint-Hippolyte

Ce n'est pas un chanceux le Pierre-Paul Riquet, ingénieur français du 17ème siècle, né à Béziers, et visionnaire technologique. Passons les détails de son enfance et de son adolescence, ça ne nous intéresse pas.

Le 16 novembre 1662, Riquet propose un projet un peu foufou à Jean-Baptiste Colbert, contrôleur des finances sous Louis XIV: il veut relier l'Océan Atlantique à la Mer Méditerranée, projet qu'avait déjà son père, Guillaume. Le ministre donne son accord et la construction du "canal royal du Languedoc" commence en 1666. Riquet est au four et au moulin de ce qui deviendra le canal du Midi en 1789, révolution oblige. Seulement, le 1er octobre 1680, il meurt à Toulouse, un an avant l'inauguration de son "bébé" qui relie désormais Castets-en-Dorthe, département de la Gironde, et Sète, dans l'Hérault.

Mais c'est d'un autre canal que je voulais parler, celui de Saint-Hippolyte. Entre l'étang de Salses et le Crest, Saint-Hippolyte renferme dans le secret le plus délicat un joli petit coin de farniente, de rêvasserie et de plaisirs simples. En marchant le long de la rue Paul Riquet, cap al nord, on se laissera doucement border par des peupliers, des épis d'orge et d'avoine sauvage, des galactitès cotonneux, d'un ravin rempli d'algues s'attirant la faveur des aigrettes du coin. En y regardant bien, ce n'est pas un ravin mais un canal, avec un sentier de chaque côté, comme "l'autre". On passe un pont, une écluse, et l'eau devient plus claire, le courant plus rapide, l'air de l'étang commence à fouetter derrière les oreilles, à nous appeler.



Galactitès cotonneux, Galactites tomentosa

Font del port, et l'étang de Salses.

Ce petit canal n'est pourtant pas l'oeuvre du sieur Riquet, le nom de la rue induit en erreur, il porte juste son nom, en hommage. Retour au XVIIème siècle. 1659. Date importante pour toute la population roussillonnaise et des comarques alentours. Cette année, la partie nord de la Catalogne est cédée à la France par le Traité des Pyrénées. Dorénavant, la France commencera dès les sommets pyrénéens, dès le col de Banyuls, le col d'Ares ou du Perthus. Les années suivantes, les Roussillonnais sont intraitables, anti-français et l'Espagne voisine est plus que jamais à l'affût pour l'attaque. Il faut y remédier. C'est Vauban, l'homme de Mont-Louis, Collioure, Perpignan, Villefranche-de-Conflent etc. qui va décider en 1686 de construire un canal reliant le village de Port-la-Nouvelle à celui de Saint-Hippolyte. Le but est double: mater les Roussillonnais en leur faisant rentrer dans la caboche la domination française ; apporter des armes depuis le nord pour parer à un éventuel assaut espagnol. On trace un projet: le canal partira de Narbonne, en liaison avec le canal de Narbonne, traversera les étangs de Bages et de Salses. Un certain Rousselot ira même jusqu'à dessiner les plans d'une prolongation jusqu'à Perpignan. C'est en 1691 que commencent les travaux, de la Font del Port jusqu'au village de Saint-Hippolyte. Ce sera l'unique tronçon. En 1700, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, est nommé roi d'Espagne. Le risque sudiste est écarté. L'intégration du Roussillon attendra.

Aujourd'hui, ce sont les habitants du village qui profitent de ce projet avorté, en le gardant pour eux, pas d'indication, pas de publicité. On peut aussi penser à l'allure qu'aurait pu avoir la ville de Perpignan avec un canal coulant au sein des remparts. L'un fut seulement un projet, l'autre fut rasé sans raison valable, tristement. Profitons de ce qui reste du patrimoine.

lundi 23 avril 2012

Avant l'orage

"Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps, le beau temps me dégoûte et me fait grincer les dents..."


On pense souvent, moi le premier, que de jolies photos se font obligatoirement par temps bleu, avec une belle lumière, la fameuse lumière du Midi chère aux fauvistes. Cela dit, en allant en promener un vrai, de fauve, une bonne surprise se mouvait au-dessus de l'embouchure de l'Agly, entre Torreilles et Le Barcarès, un ciel gris de l'Ouest du plus beau manteau.
Certains s'essayaient au cerf-volant, d'autres (un seul vaillant dénombré) essayait de séduire un loubarou avec quelques escabènes attachées au bout du fil de pêche, et les eaux de toutes sortes, salées, douces, se repoussaient à qui-mieux-mieux, malheureuses mercenaires.


Embouchure de l'Agly, Torreilles, P.-O., avril 2012

Comme dirait l'autre...